dinsdag 8 juni 2010

BUVONS


 

Litanie ou prière sans fin, grâce à Rousseau, Chastellux, Bentham, Hevétius et autres, ils donnent du poids à ce poème.

 

*

 

Buvons aux rats. Buvons.

 

Buvons aux rats qui quittent le navire. Buvons.

 

Au capitaine dont le nom m’échappe. Buvons.

 

Au capitaine, qui reste, bien que son navire coule déjà. Buvons.

 

A l‘ orchestre qui joue, l’ eau aux lèvres. Buvons.

 

A l’ orchestre qui joue encore sous l’eau. Buvons.

 

Et joue et joue. Buvons.

 

Ecoutez résonner les clairons et les clarinettes ! Buvons.

 

Et le trombone ! Buvons.

 

Et ce piano, sous l’eau ! Buvons.

 

*

 

A la mer. Buvons.

 

A la mer est ses vagues et l’éternelle murmure qu’elle-même n’entend pas.

Buvons.

 

A l’éternelle chant salé et le sciage de la mer. Buvons.

 

A`la mer qui émerge en délire et puis se boit gloutonnement. Buvons.

 

Buvons aux poissons et à tout ce qui grouille et fourmille dans l’eau. Buvons.

 

Au crabe et homard. Buvons.

 

Aux ermites aimables qui sont damnés à vivre seul. Buvons.

 

Aucune idée s’ ils boivent. Buvons.

 

Et à l’huître. Buvons.

 

A l’huître, s’ il faut comme symbole sexuel, oui ou non au citron. Buvons.

 

A l’huître et à la langouste. Buvons.

 

Au calmar qui – et  en cela il ressemble à un écrivain - se cache dans son encre brun - noir. Buvons.

 

A la holothurie. Buvons.

 

Al la holothurie noire qui rase detritus du fond de la mer et provoque une forte irritation en la touchant. Buvons.

 

Oublions la holothurie qui  - elle n’ y peut rien – a le physique d’un poète, laisse le manger tranquillement, faire des vers et boire. Buvons.

 

A ceux qui parmi nous…Buvons.

 

A ceux parmi nous qui sont irrités et ennuyés et découragés et qui ont soif de quelque chose de plus ou plus lourd. Buvons.

 

A ceux qui sont mis au - dessus de nous et donc ennuyés et désespérés. Buvons.

 

A ceux qui seront choisis la prochaine fois. Buvons.

 

A ceux qu’ on lasse tomber la prochaine fois comme une vieille chaussette. Buvons.

 

Ou bien se casse la gueule tout seul. Buvons.

 

A ceux qui nous haïssent comme la peste. Buvons.

 

A ceux qui nous aiment, mais ne le savent pas. Buvons.

 

A ceux qui en désirant et en désirant se sont fait l’esclave de leurs désirs. Buvons.

 

Aux souverains Souffrance et Jouissance à qui nous sommes tous soumis et qui nous prescrivent nos pensées, et qui décident nos faits et gestes, et qui prennent clairement plaisir à nous doter d’un malaise général qui nous ronge et ronge. Buvons.

 

Car l’ esprit ne connaît pas de satisfaction. Et il y a toujours cette aversion et toujours ce désir et les deux n’y sont que provisoirement. Car le mouvement y est constamment et tout souffre sans aucun doute au doute. Buvons.

 

Puisse cette tentative guérir notre conscience. Buvons.

 

*

 

Buvons. Buvons à celle qui nous a fait boire pour la première fois. Buvons.

   

Qui tiens, tiens, a tendu le mamelon et a fait appel à nos instincts. Buvons.

 

A celui qui la nuit courait avec le biberon tiède. Buvons.

 

A l’inventeur du lait pour les élèves, la limonade. Buvons.

 

A l’inventeur de la tétine et de la paille tordue. Buvons.

 

A l’inventeur du gobelet à culbute. Buvons.

 

Levons le verre et buvons. Buvons.

 

Au souffleur du verre. Buvons.

 

Au cliquetis éclatant. Buvons.

 

Au souffleur de la bouteille qui  y a mis son âme. Buvons.

 

A l’esprit d’amour qui se fiche chaque fois de nous. Buvons.

 

A l’amour verte qui venait trop tôt. Buvons.

 

Au mot de rien du tout qui sortait de la bouteille. Buvons.

 

Le petit mot de X, signé de XXX. Buvons.

 

A l’amour qui venait trop tard ou juste à l’heure ou à la limite pas du tout. Buvons.

 

A tous ses sentiments qu’on avait. Buvons.

 

Et aux sentiments qu’on avait pas après coup. Buvons.

 

Au nuage qui en forme de cochon apparaît au ciel et va à toute vitesse. Buvons.

 

Au serveur du vin. Buvons.

 

Au soleil couchant aigre-doux au couleur du vin. Buvons.

 

Au pains et aux poissons. Buvons.

 

On a déjà nommé les poissons, n’ est - ce pas ? Buvons.

 

Au midi qui imite la nuit. Buvons.

 

A l’éponge au vinaigre où on doit tous mordre finalement. Buvons.

 

Buvons à ceux qui nous ont précédés et tous les proches parents, passablement convenables et inconvenants. Buvons.

 

A ceux qui n’ en finissaient pas de nous montrer tout, et pas seulement la boisson. Buvons.

 

Aux choses qui de répètent ( répétez trois fois). Buvons.

 

Oui, buvons, vous êtes avertis : dès le début notre navire coule déjà. Buvons.

 

(Buvons aux rats ; voir ci- dessus). Buvons.

 

 

 

Vertaling van : Laten we drinken ; door Netty van Gilst.

 

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